DIAGNOSTIC IMMOBILIER
DPE : vers une fiabilisation de l'indicateur de confort d'été ?

Le 15 juillet dernier, Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, a annoncé une meilleure prise en compte du confort d'été dans le DPE, à la suite d'une interpellation de Daniel Labaronne, député d'Indre-et-Loire, lors des questions au gouvernement. Une nouvelle indication, sous la forme d'une lettre dédiée au confort d'été, doit ainsi être introduite. Cette annonce intervient alors que les vagues de chaleur qui ont touché la France en juin et juillet ont relancé les interrogations sur la capacité du DPE à rendre compte du confort thermique estival des logements. Jusqu'ici considéré comme un angle mort du dispositif, le confort d'été pourrait ainsi prendre une place plus importante dans l'évaluation de la performance des logements. Quelle est l'efficacité de l'indicateur actuel et que peut-on attendre de cette évolution ? Analyse.
Confort d'été : un enjeu déjà identifié pour faire évoluer le DPE
Le confort d'été s'est imposé dans le débat sur la performance des logements bien avant les annonces gouvernementales de 2026. Le 22 août 2024, la Fondation pour le Logement des Défavorisés, anciennement Fondation Abbé Pierre, publiait son rapport Logement-bouilloires : l'État reste de glace. Elle y alertait notamment sur l'exposition croissante des logements aux fortes chaleurs : d'ici 2050, un Français sur sept pourrait vivre dans un territoire confronté à plus de 20 journées anormalement chaudes chaque été. Face à ce constat, la fondation appelait à placer l'adaptation des logements aux vagues de chaleur au cœur des politiques publiques de rénovation et de lutte contre la précarité énergétique, à travers 25 propositions, dont plusieurs portaient directement sur le DPE.
Parmi les principales limites identifiées figurait l'indicateur actuel de confort d'été, jugé trop peu opérationnel pour caractériser les logements particulièrement exposés à la chaleur et les intégrer aux critères de décence. La fondation proposait notamment d'intégrer le confort d'été à la définition d'une rénovation performante, de fiabiliser la méthode de calcul de cet indicateur et de rendre son affichage obligatoire dans les annonces immobilières. Elle préconisait également d'intégrer l'atteinte d'un niveau de confort d'été au calendrier des obligations de rénovation énergétique des bailleurs. Pour la fondation, faire évoluer cet indicateur permettrait à la fois de mieux protéger les locataires et d'inciter davantage les propriétaires à engager les travaux nécessaires pour adapter les logements aux épisodes de chaleur.
Confort d'été : les limites de l'indicateur du DPE se confirment, y compris dans les logements performants
En 2024, l'IGNES (Industries du Génie Numérique Énergétique et Sécuritaire) publiait une première analyse de la base de données DPE au regard du confort d'été passif. Le constat était déjà préoccupant : « seulement 1 logement sur 10 analysés est suffisamment adapté » aux fortes chaleurs. Deux ans plus tard, en juin 2026, une nouvelle analyse menée par Pouget Consultants et IGNES confirme cette fragilité : selon les données de l'ADEME, neuf logements sur dix présentent un indicateur de confort d'été DPE moyen ou insuffisant. L'étude pointe ainsi les limites du dispositif actuel, notamment en matière de complétude des données, de calcul, de fiabilité des paramètres retenus et de méthode simplifiée. Cette vulnérabilité ne concerne d'ailleurs pas uniquement le parc ancien. Même parmi les constructions récentes, soumises aux dernières réglementations environnementales et affichant une étiquette A ou B, les résultats restent contrastés : près d'un quart des logements construits après 2013, y compris après 2021, présentent un confort d'été insuffisant, tandis qu'à peine un sur dix atteint le niveau « bon ».
Un constat également observé à l'échelle locale. En juillet 2026, le bilan du premier semestre sur le confort d'été dans l'Indre, réalisé par France Diagnostics à partir des données de l'ADEME, montre que 53,6 % des 2 772 logements diagnostiqués, soit 1 485 biens, présentent un confort d'été insuffisant. Plus d'un logement sur deux apparaît donc vulnérable face aux fortes chaleurs, tandis qu'à peine un sur sept atteint le niveau « bon ». Le bilan souligne surtout l'absence de corrélation systématique entre performance énergétique et confort estival : parmi les 55 logements classés A, près de la moitié présentent un confort d'été insuffisant et seulement 5,5 % affichent un niveau « bon ». Sur les 158 logements classés A ou B, 49,4 % sont insuffisants et 10,1 % seulement sont jugés bons. À l'inverse, parmi les 584 logements classés C, 40,8 % sont insuffisants et 20,4 % atteignent un bon niveau de confort d'été. Ces derniers correspondent notamment à des logements anciens ayant bénéficié de travaux d'amélioration - masse thermique, volets, ouvertures sur plusieurs façades ou encore isolation renforcée -, illustrant l'importance des caractéristiques constructives et des protections solaires dans la performance estivale.
Un « DPE confort d'été » annoncé par le gouvernement d'ici quelques mois
Le 15 juillet, à l'Assemblée nationale, Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, a annoncé une meilleure prise en compte du confort d'été dans le DPE. Cette décision intervient alors que ce critère reste un angle mort du diagnostic, jugé « centré sur les performances hivernales » selon les mots de Daniel Labaronne, député d'Indre-et-Loire. Ce dernier avait interpellé le ministre pour qu'il poursuive les efforts engagés en faveur d'un DPE plus fiable et plus complet - une évolution jugée nécessaire pour renforcer la confiance des Français dans cet outil de diagnostic.
Devant les députés, le ministre a dévoilé la création d'un « DPE confort d'été » : une nouvelle indication, distincte de l'étiquette énergétique classique, destinée à informer acquéreurs et locataires sur la capacité du logement à résister aux fortes chaleurs. Si son échéance est fixée à quelques mois, de nombreuses zones d'ombre subsistent : ni le contenu précis de cette nouvelle lettre, ni sa méthode de calcul, ni sa date d'entrée en vigueur n'ont pour l'heure été publiés. Une réforme plus structurelle est par ailleurs évoquée à l'horizon 2027-2028, qui viserait cette fois à intégrer directement le confort d'été dans le calcul du DPE.
Le confort d'été bénéficie désormais d'une attention accrue des pouvoirs publics. Aujourd'hui, l'indicateur du DPE reste toutefois trop limité pour rendre compte avec précision de la vulnérabilité réelle des logements face aux fortes chaleurs, y compris parmi les biens énergétiquement performants. L'annonce d'un « DPE confort d'été » ouvre ainsi une nouvelle étape, avec l'objectif de mieux informer acquéreurs et locataires. Son efficacité dépendra néanmoins de la méthode retenue et de la fiabilité des données utilisées.
Pour les professionnels de l'immobilier, l'enjeu sera de suivre les contours de ce nouvel indicateur et ses conséquences sur l'évaluation des biens. Entre l'échéance annoncée dans les prochains mois et la perspective d'une intégration plus complète du confort d'été au DPE à l'horizon 2027-2028, cette évolution pourrait progressivement faire du confort estival un critère à part entière de la performance des logements face au changement climatique.
Photo | Canva Pro
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